La société du risque - Ulrich Beck, 1986 (1/7) 👉 Des risques invisibles
Sept jours, une œuvre
📗 « Les risques générés au stade le plus avancé du développement des forces productives – je pense en premier lieu à la radioactivité qui se dérobe totalement à la perception humaine immédiate, mais aussi aux substances polluantes et toxiques présentes dans l’air, l’eau et les produits alimentaires, et aux effets à court et à long terme de ces substances sur les plantes, les animaux et les hommes – se distinguent fondamentalement des richesses. Ils provoquent systématiquement des dommages, souvent irréversibles, restent la plupart du temps invisibles, requièrent des interprétations causales, se situent donc seulement et exclusivement dans le domaine de la connaissance. »
À mon sens, c’est une des grandes difficultés associées au domaine de la santé environnementale 😵 : le caractère souvent indétectables des risques par nos sens, notre incapacité à en avoir une perception immédiate. Par exemple, les particules fines ne peuvent pas se voir dans l’air ambiant, les dioxines dans les œufs et le mercure dans le poisson n’ont pas de goût, le radon à la cave n’a pas d’odeur, les émissions d’aldéhydes issues des produits de construction ne font pas de bruit dans l’intérieur des maisons, certains perturbateurs endocriniens ne modifient pas les sensations tactiles associées à un cosmétique, etc.
Sandra Steingraber [1] pousse le raisonnement encore plus loin, et fait un parallèle avec le changement climatique. Aujourd’hui, il est difficile de distinguer 🤔, parmi les évènements climatiques extrêmes, ceux liés à la variabilité naturelle de ceux liés au changement climatique. De même, si un enfant présente des manifestations comportementales singulières, ou des capacités d’apprentissage différentes de la moyenne, ou encore un système immunitaire moins performant que la plupart de ses camarades, il est difficile de savoir s’il s’agit d’une variation « normale » des processus corporels de développement, ou bien l’influence d’expositions cumulées à des polluants environnementaux pendant des fenêtres de vulnérabilité.
Le raisonnement peut même se poursuivre un cran plus loin : certains effets peuvent être invisibles pour la personne exposée, pendant toute sa vie, et néanmoins toucher sa descendance 👨👩🏾👧🏻🧒🏽. C’est le cas par exemple de femmes enceintes exposées au DDT [2].
Ainsi, selon Rémy Slama, les « sciences du champ de la santé environnementale […] sont des sciences des catastrophes invisibles. Si elles sont à première vue moins bruyantes et si la survenue de leurs effets s’étale sur de plus longues périodes, […] nombre de ces catastrophes invisibles ont malheureusement des conséquences sanitaires d’une ampleur bien plus vaste que les catastrophes visibles — par exemple une explosion industrielle » [3]. 💥