POUR UN DEMAIN SANS FIN (Prospective 2086)
Bonjour Daniel, qu’est donc devenue la terre, depuis mon départ en 2016 ?
Eh bien, en 2023, le monde est entré en récession à cause d’évènements naturels violents, surtout sur les côtes du Pacifique, d’une multitude de guérillas et d’un nouveau crash financier. L’Europe était au bord de l’implosion. La révolution industrielle 4.0 s’essoufflait.
Entre 2025 et 2037 ce fut un chaos économique. Les banques sont grignotées par les blockchains, agrégateurs, financements participatifs, troc. L’Afrique s’éveille avec l’aide de la Chine et du Japon mais sa croissance n’arrive pas à compenser sa montée démographique de 3% l’an qui l’amène aux niveaux de l’Inde et de la Chine.
L’Europe survit après avoir imposé un régime drastique d’amaigrissement public aux pays du Sud, régulé l’harmonisation sociale et fiscale ainsi que les « optimisations » internationales.
De 2037 à 2049 la récession s’est ralentie. Les pays et entreprises pétroliers ont du se reconvertir à l’énergie renouvelable et vers la valorisation de leurs investissements diversifiés du début du siècle.
Entre 2049 et 2051 le monde était très énervé et, de nouveau, les éléments naturels se déchaînèrent mais, surtout, un conflit mondial va être dévastateur.
La reconstruction va ensuite relancer la pleine croissance pendant 26 glorieuses.
Depuis 2077 on est malheureusement reparti dans une situation équivalente à 2023. Nos chercheurs ont redécouvert le biomimétisme, la bionique, la cybernétique, en bref l’analogie, en particulier à la nature créatrice depuis des milliards d’années ; Léonard de Vinci a dû calmer sa colère ? La Blue Economy[1] a permis d’énormes progrès dans les produits recyclables.
Aujourd’hui on a attaqué la cinquième révolution industrielle, mais voyons déjà ce que nous a apporté la précédente.
Quand j’étais petit tu me chantais « le ciel, le soleil et la mer », eh bien allons-y !
La mer est une source majeure d’approvisionnement en eau douce. La désalinisation solaire est associée à la récupération de métaux comme l’or, de minéraux, de planctons.
En Afrique, on a développé aussi le «clouding», méthode de matérialisation de nuages potentiels par introduction de pollutions industrielles contrôlées, sur la base qu’une goutte, pour se créer, a besoin d’un noyau. Des fusées asservies crèvent les nuages. Toujours concernant l’augmentation des ressources en eau, on a assisté au développement de la synthèse de l’eau à partir de l’ozone, l’oxygène du CO2 et de l’hydrogène du méthane ambiants. Avec du sale on a fait du propre. L’énergie marine s’est aussi développée et a contribué à la croissance de l’habitat flottant. Pour compenser l’érosion terrestre on a multiplié les îles, les extensions de côtes et ports artificiels. Des « waterlands » regroupent les maisons iceberg, tournantes et mobiles qui ont leurs propres productions d’eau et d’énergie. Les algues marines ont pris une place importante dans l’alimentation, les biopesticides, et, dans la bioénergie à partir de micro-algues et des envahisseuses.
L’énergie solaire est devenue plus efficace avec les peintures et revêtements de structures souples et modulaires, les supraconducteurs et les nanotechnologies. Pour les pays près des pôles on a généralisé les miroirs terrestres en altitude pour amener la lumière dans les vallées.
Dans la troposphère et la stratosphère des structures photovoltaïques stationnaires permettent aux avions, vaisseaux touristiques, navettes, de se recharger, et, aux stations spatiales de s’alimenter. L’énergie fossile a périclité, ainsi que l’énergie nucléaire par fission, alors que la fusion promise en prototype pour 2025 a bien tardé et reste confidentielle. La géothermie, l’exploitation des glissements des nappes tectoniques, des volcans et tremblements de terre ont pris le relai. Sans oublier le recyclage de l’entropie équivalant au tiers des énergies produites par ailleurs ! Par exemple, l’énergie individuelle récupérée dans les vêtements par induction lors des mouvements, la vibration des autoroutes transformée en éclairage.
Avant d’en venir à l’évolution dans le ciel, je te propose un bref descriptif des principaux changements dans la vie courante.
L’économie est devenue très brutalement collaborative, ubérisée, déstabilisant certains monopoles et les Etats.
L’industrie a continué son développement technologique et des transports. Pour ce qui est de l’organisation, l’intégration verticale, la modularisation, la personnalisation au plus tard avec l’impression 3D déportée, à la demande, jusque dans le désert avec le sable et l’énergie solaire se sont généralisées. Avec l’IoT [2]tout est connecté, robotisé, intelligent, prédictif ; les commandes sont sensorielles, souvent par signal direct du cerveau. Dans l’organisation neuronale, le management a disparu ; la responsabilisation des employés englobe la proposition stratégique ; les salaires sont remplacés par des honoraires.
L’agriculture et l’élevage, biologiques et biodynamiques, ont développé un nouveau modèle économique par suppression des intermédiaires et intégration verticale. Ils ont pris en charge, du simple emballage à des transformations plus complexes par groupements de fermes, et, distribution de proximité ou livraison collaborative des commandes internet. Ils ont leurs propres groupes énergétiques combinant solaire, éolien, pluie, biomasse, géothermique ; les déchets et excréments animaux sont transformés en gaz et électricité. L’évolution climatique a bouleversé le paysage agricole. De fait, les maladies et insectes ravageurs se sont multipliés ; on a dû revoir la protection des plantations et revenir aux approches naturelles par les plantes et les élevages de prédateurs ciblés.
Le Paris-Dakar s’est déplacé en Alaska !
L’habitat est devenu antisismique, tournant, modulaire. Chaque maison a sa propre production énergétique pluri sources, incluant la transformation de l’entropie de certains appareils ménagers. Ce premier niveau est complété par des fermes multisources par quartiers aux stockages diversifiés (batteries, volants à inertie, magnétiques…), elles-mêmes partageant leurs ressources avec des noeuds smartcity, régionaux puis nationaux. L’éclairage est mixte avec captage du rayonnement solaire et lunaire et transmission par fibre optique. La domotique est contrôlée à distance. Les matériels média de la vie courante ont été dématérialisés sur des supports existants (murs, miroirs, tables, corps …). Les DVDs, clés USB ont été remplacés par les « clouds » et le streaming. Les robots, humanoïdes, sont commandés par la voix, par le cerveau, à distance. Les productions de commandes internet sont relocalisées à proximité, chez le client ou des artisans équipés de robots et imprimantes 3D. Les déchets sont triés, transformés sur place en énergie ou transportés en sous-terrain vers des centres de recyclage ; l’assainissement est majoritairement végétal.
Au début du siècle, la montée de l’addiction aux applications multimédia, à la réalité augmentée, au multiprocessing dispersant, a conduit à des états dépressifs. Les développeurs ont dû créer des limiteurs de connexion, mis en oeuvre par des signaux directs du cerveau saturé, sur les objets pour les ramener à l’état d’outils.
Les moyens de transport ont fait l’objet d’évolutions significatives. Les trains sont majoritairement aériens, à sustentation magnétique et supercavitation. Le tramway traditionnel a été remplacé par des téléphériques urbains et d’aéroports, des tramways hydrogène surélevés passant au-dessus de la circulation automobile, des navettes autonomes.L’énergie électrique à partir de batteries en recharge dynamique par les peintures solaires et les récupérations entropiques des frottements et vibrations, les compresseurs, l’hydrogène, ont remplacé le pétrole pour l’automobile et le taxi autonomes, connectés et partagés. Les voitures volantes, les autogires et les drones de transport individuel se sont développés. Les ronds-points et passages piétons sont souvent aériens. Les avions sont modulables de1 à 3 fuselages indépendants, à montage rapide selon le nombre de passagers. Leurs propulseurs et leurs ailes sont mobiles pour décollage et atterrissage rapides. Leur énergie est hybride, le solaire et le recyclage magnétique de l’entropie sont bien installés. Les livraisons de petits colis sont collaboratives avec les voisins, ou, par drones, ou encore, par voie magnétique et téléportation dans des couloirs terriens ou aériens, vers des consignes électroniques.
Ah si ! J’oubliais la médecine ! Les nano-capteurs implantés, les nez artificiels et le dossier médical partagé alimentent des bracelets détectant les anomalies en modes correctif et prédictif, que les causes soient endogènes ou exogènes. L’auto prédiagnostic est donné à l’intéressé et aux matériaux intelligents qui l’habillent, puis, si nécessaire, à un centre médical mobile, pour consultation à distance ou locale avant d’être orienté vers un spécialiste qui contrôle des robots à distance. De nouvelles maladies et allergies se sont installées avec les nanotechnologies. Les maladies tropicales sont mondialisées. Le sida, les cancers, le paludisme ont maintenant leurs vaccins de programmation cellulaire. Pour combattre les moustiques, les approches sont naturelles avec des stérilisateurs et des prédateurs d’élevage. Les biotechnologies, les organes artificiels, les greffes de peau artificielle ou de régénération cellulaire, et les exosquelettes se sont industrialisés. L’être est devenu hybride. On fait maintenant une sauvegarde du cerveau matériel et logiciel permettant de le réparer par les cellules souches reprogrammées, et même, de ramener à la vie des corps congelés. La thérapie génétique galopante crée de gros problèmes d’éthique et pour les caisses de retraite !
Ces dernières découvertes scientifiques m’amènent à aborder le troisième volet : le ciel, support de la nouvelle révolution industrielle.
Concernant le réchauffement de la terre il a fallu encore quelques années pour admettre que la pollution et les pets et rots des vaches n’en étaient pas les principales causes. Il faut s’éloigner du soleil qui absorbera la Terre dans 6 milliards d’années, l’assèchera dans 1,8 milliards, et la rendra déjà très difficile à vivre dans quelques centaines d’années. Il fallait donc trouver des exo planètes ayant des positions favorables. C’était le cas de Proxima b où l’eau et les conditions atmosphériques permettraient la vie ; d’autres ont été trouvées mais elles ne sont pas encore à notre portée technologique. Les lunes de Saturne (Titan avec ses galets de glace et rivières de méthane) ou de Jupiter (Europe de glace) se réchauffent comme nous et atteindrons des situations propices à la vie.
On construit donc des plateformes stationnaires à quelques millions de kilomètres de la terre pour, de plateforme en plateforme, en fonction de l’évolution de la température terrestre, déménager vers des exo planètes et Mars qui verra l’eau réapparaître avec l’amplification des effets du soleil. La glace fondra aussi bientôt sur Europe qui pourra devenir une source complémentaire d’eau de proximité. En 2030 La Nasa a envoyé une sonde spatiale dans le système de Jupiter afin d’analyser son champ magnétique et son satellite Europe. Une station Lunaire a été installée par l’ESA[3] en 2022 pour faire une base relai vers Mars, mais ça ne pourra être que temporaire puisque la Lune est périodiquement plus proche du soleil que la terre. De nouveaux modes de propulsion par supercavitation magnéto plasmique à impulsion permettent maintenant d’aller sur Mars (dont l'atmosphère s'améliore avec le réchauffement climatique) en quelques jours et de passer de plateforme en plateforme en quelques heures.
Enfin, et tu es bien placé pour le savoir, on a découvert d’autres vies, ce qui nous a permis d’éclaircir certains mystères architecturaux et de la vie après la vie. Nous avons compris que, comme les étoiles, chacun d’entre nous, à la mort, créions notre propre trou noir par effondrement matériel et explosion immatérielle. Nous émettons des neutrinos et nos ondes magnétiques, électro magnétiques lumineuses sont absorbés par notre trou noir : ce fameux tunnel dont parlaient les témoins d’EMI[4].
Nous avons compris que notre âme, notre esprit, notre énergie spirituelle, notre Opono hawaïen, notre Qi chinois était un nuage électro magnétique qui continuait à exister potentiellement lorsque son noyau, le cerveau, se désactivait. Que ce nuage virtuel, transportant notre mémoire, notre cartographie génétique et nos capacités de réseau, partait dans le tunnel avec l’énergie quantique de l’antimatière. Lors de la mort cardiaque, avant l’extinction cérébrale, on voit bien se rembobiner la vie à grande vitesse avant d’aborder le tunnel dans ce grand éclat de lumière créé par l’effondrement. On a compris que tous les trous noirs, des étoiles aux êtres vivants, communiquaient par un réseau de trous de vers, dont on ne pouvait ressortir que dans une autre galaxie. On a compris que, dans ces trous, nos « hologrammes intelligents », circulaient à une vitesse presque infinie. Mais on n’a pas encore compris comment était sélectionné notre trajet, notre nouvelle galaxie et comment d’autres êtres étaient capables de venir sur terre.
J’arrive sur mon nouveau territoire, je suis heureux de t’y retrouver René, mais sais-tu comment agit la main invisible ? [5]
Nous sommes plus avancés que vous, ici, Daniel, mais nous n’avons pas toutes les réponses. C’est le système flou Univers qui aiguille les âmes par rapport aux informations qu’il capte et les codes de la Nature. Les personnes pourvues d’une hypersensibilité électromagnétique et d’une faible résistance ohmique, en cas d’émotion intense lors de leur décès, peuvent être amenées à rester sur terre, dématérialisées, puis à renaître à l’identique. Parmi les autres, le plus grand nombre va être sélectionné vers une galaxie plus ancienne, comme celle-ci, tant qu’il reste de la place sur cette planète ; ce sont les personnes vertueuses, qui ont plu à leur âme comme on dit ici. Elles seront dirigées vers ceux qui ont fait le même chemin et les attendent. Celles qui n’ont pas vécu sagement seront dirigées vers une galaxie plus récente et seront réincarnées en êtres moins évolués qui verront leurs capacités muselées par leur nouvel environnement. A leur mort, elles seront de nouveau réincarnées sur terre, mais en retard cognitif et d’évolution. Leur deuxième chance en quelques sortes.
Tu as pu voir, qu’après ton accident, je t’attendais ; les autres vont nous rejoindre. Tu es réapparu anti-matériellement sans distinction d’apparence ; ton capital énergétique et mémoriel va s’enrichir. Ta taille est multipliée par 1,618 qui n’est autre que le nombre d’or, de même que ton espérance de vie ici. La croyance religieuse est unifiée et seule la nature peut disposer de la vie ! Ensuite, le processus se répétera fractalement, toujours dans le sens de galaxies plus anciennes donc plus évoluées. Ici, nous sommes plus avancés technologiquement que sur terre, mais bien moins que nos prochaines destinations, privilège de l’ancienneté. Toutefois nos moyens technologiques flous ont des limites de vitesses, surtout pour remonter le développement du temps. Donc, oui nous pouvons aller visiter la Terre mais ce sont de longues et rares expéditions. Notre composition subliminale et nos fréquences nous protègent de la détection par les télescopes ou radars, seuls des éclairages particuliers peuvent nous faire apparaître mais nous réagissons instantanément pour nous éloigner des regards.
Bienvenu sur la Planète Fracterre mon cher petit fils !
Nouvelle Daniel Lecoeuvre septembre 2016
[1] G. Pauli
[2] Internet of Things
[3] European Space Agency
[4] Expérience de Mort Imminente
[5] A. Smith
Avocat de caractère - Enseignant passionné - Militaire dans le civil - Victime, famille, travail
7 ansLe train aérien : finalement, Monsieur BERTIN aura eu raison un siècle plus tard...